Le blog Billets bleus

Billets bleus

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23/09/2010

Il y a des mots qui arrivent. Certains jours on les entend plus que d’autres. Certains jours ils semblent insister. Le contexte peut être variable, non reconnaissable comme identique d’un analysant l’autre. Chacun parle de ses problèmes, et puis arrive :

il faut que je puisse résister

il est temps de résister

ça ne peut plus durer, on doit résister

pendant la Résistance..

ah celle-là,oui, elle est reconnaissable, elle avance à visage découvert, elle s’écrit en majuscules, mais ce sont les autres qui m’intéressent. Est-ce que je les écoute de la même oreille tous les jours ? Ou est-ce que certains jours se glisse un désir autre. Est-ce que je pense à ce qu’on appelle la résistance à la psychanalyse ? Non. Elle ne s’énonce pas ainsi.

En revanche je pense à la psychanalyse comme résistance, de cela on parle peu.
Il est question de l’urgence de résister dans des situations concrètes, précises.

Mais puisque " je " suis « en analyse » , il faut profiter de ce temps où je parle de « moi ». On n’est pas là pour parler politique ! Ah non ? et pourquoi pas ?

Et votre « moi » il va comment ? Il peut se passer du monde qui vous abrite ? Il peut s’en laver les mains de la façon dont vivent les autres ? Je ne rêve pas. J’entends l’envie de résister, et le désarroi et la peur.

Car il faut du courage pour résister, et celui-là c’est un par un qu’il faut l’avoir., le faire naître? Car le courage qui se manifeste seulement en groupe, dans la masse? est fragile . La psychanalyse devrait s’occuper du courage.

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Henri Atlan et la dématérialisation

 Je suis entrain de lire le dernier livre d’Henri Atlan ...

»De la Fraude" sous titré: " le monde de l’onaa » Question oh combien actuelle qu’Henri Atlan traite de façon inactuelle.

Il y est question du mensonge, des lésions et dommages que cause la fraude, que ce soit le mensonge en paroles ou la fraude matérielle. Dans les textes talmudiques il y a un espace prévu pour un entre deux tolérable du mensonge qui s’appelle l’onaa. Espace de négociation des frontières entre vérité et mensonge, entre honnêteté et fraude.

Décidément j’aime beaucoup la pensée de cet homme. Dans ce livre il traite de l’équivalence entre la parole, l’argent et les objets fabriqués. Tous les trois sont des signes de l’échange humain, spécifiquement humain.

Puis il parle du moment de bascule qu’a été la dématérialisation de l’argent. Voilà ce qui est très actuel .

La crise, ça vous intéresse ? Ou est-ce que vous pensez que c’est réservé aux spéculateurs et...aux pauvres. Au fait, pourquoi la psychanalyse ne traite jamais de la question des pauvres ?

L’étranger a toutes nos faveurs, on s’y retrouve n’est-ce pas ? Mais les pauvres...ça fait moins rêver et moins spéculer. Excusez le vilain jeu de mots.

Atlan parle donc du moment où l’argent a été dématérialisé.

Ca ne date pas d’hier , mais Atlan fait partir certains fils de ce moment, et c’est très intéressant. L’argent a été d’abord un objet concret de matière précieuse, objet sacré , signe d’un pouvoir et non de la richesse monétaire. Puis...l’argent a été dématérialisé.

Cela m’a fait penser à la question de l’inévitable dématérialisation qui guette le psychanalyste.

Dématérialisation en tant que dés-incarnation. Il faut écouter ce qui se fait hors de nos frontières. Et ce qui se fait , se fera de plus en plus.

On fait des séances par téléphone, par e-mails,  par SMS, et avatar d’une vraie analyse, par skype.

On peut dire pourquoi pas...exceptionnellement, lors d’une absence mal venue, d’un voyage. C’est un pas que beaucoup d’analystes ont franchi, et d’autres pas.

Mais il existe des analyses faites  entièrement de cette façon, hors corps, dématérialisée , de présence virutelles.

Je ne sais pas si cela se pratique déjà en France, bien qu’il y ait des sites de rencontres analystes-analysants, mais c’est une pratique courante aujourd’hui dans des contrées plus vastes, telle que la Chine , l’Inde et les Etats Unis. Or cela nous regarde. Cela me regarde. Je ne veux m’insurger contre rien. Simplement y réfléchir.

Que signifie l’absence des corps réels ? Ou l’absence de la présence réelle.

Des jeunes analystes chinois m’ont raconté  que des analyses se font entièrement par Internet, sans avoir jamais rencontré l’analyste en chair et en os. L’un m’a raconté qu’il faisait son analyse par skype, donc avec l’image de  l’analyste qui vivait et travaillait aux Etats Unis. Il insistait que cela n’empêchait pas le transfert. Certes que non . Il s’agit d’autre chose, de ce que fait la présence réelle, de l’effet de nos corps réels en présence silencieuse et des effets de leur interaction.

Je suis de plus en plus  convaincue que le plus efficace dans une analyse passe par la présence des corps, la voix et tout un ensemble de signes du réel singulier qui passe de l’un à l’autre.

A partir de là, l’absence prend place, comme une coupure, non comme la base des opérations. La parole même n’est pas réductible aux seuls mots proférés.

La parole, telle que nous l’entendons en analyse est une pure singularité, faite de l’ensemble matière-sens-musique . Ce qui se passe entre analyste et analysant est aussi fait de silence et de vibrations très réelles. Alors quelle différence introduit la dématérialisation des corps, la suppressions des vibrations émises en direct au profit des seuls vibrations de l’ordinateur ??

 J’ai été voir, il y a quelques mois,  l’exposition des tableaux de Lucian Freud. Il disait que, si les corps dans ses tableaux étaient peints dans des grands espaces vides, c’était pour mieux faire sentir les vibrations très spécifiques qui émanaient de chaque corps. J’ai aimé cette idée, et je pense que c’est cela que la dématérialisation des rencontres risque de supprimer. Alors on ne comprendra plus rien.

13/09/2010

RZ

 

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Jadis, quand les grand’mères étaient filles, il y avait les pneumatiques.

On les appelait pneu ou encore bleu. «  Je t’enverrai un  bleu », ... « j’ai reçu un pneu ». C’étaient des billets en papier bleu, sortes de télégrammes à usage citadin que l’on s’envoyait quand la lettre était trop lente, souvent faute de téléphone et parce que cela dérangeait moins. En somme, c’étaient les SMS de l’époque. Et pourquoi « pneumatique » ? A cause de l’air  qui propulsait les lettres à l’intérieur de tubes souterrains  reliant tous les bureaux de poste de la capitale. L’employé de poste y glissait le bleu qui transportait ainsi à toute vitesse nos missives urgentes. Alors que les télégrammes étaient réservés aux nouvelles plus lointaines et plus solennelles, les bleus, moins chers, avaient en général une fonction  plus  triviale. Ils servaient à fixer ou à déplacer un rendez-vous, à se décommander, mais aussi à dire l’amour, un poème pressé d’arriver, des remerciements romantiques , des reproches à retardement . Ils étaient également commodes pour rompre  lâchement.
Certains les utilisaient pour dire vite  une idée à l’ami qui pouvait ainsi répondre dans l’urgence des trouvailles.Les dimensions des pneus étaient limitées par la taille même du billet bleu, heureusement.

Je vous enverrai des billets bleus.

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2/9/2010

Il faut bien commencer par quelque chose. Alors je commence par ce que je viens d’entendre. La possibilité pour les enfants nés d’un don de sperme de connaître leur donneur. Peut-on l’appeler le père réel ?

« Je veux voir à qui je ressemble » , parole d’enfants adoptés, et sûrement celle encore inaudible d’enfants né d’un père donateur. Déjà dire « père » pour le donateur semble incongru. Tout cela parce que on nous a seriné qu’il n’y avait d’important que le père symbolique. Quand on creuse et que l’on apporte des cas concrets, les cartes se brouillent. Alors je propose de remonter au père réel, et si une telle chose existe, alors c’est quoi ? c’est qui ? Ca sert à quoi ?

 La ressemblance provient en partie d’identifications, et ça peut aller très loin, mais aussi , il ne faut pas le nier comme le font certains, elle nous vient de nos cellules, qu’on le veuille ou non. En tenir compte est-ce  réducteur ?

Voilà pour aujourd’hui, la question reviendra à l’ordre du jour, un jour.

RZ

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