La pensée-éclair ou l’étincelle

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SÉMINAIRE II.1
17 DÉCEMBRE 2000

RAPPEL
L’année dernière j’avais essayé de parler d’un « Au-delà du principe de Réalité », en axant mon propos sur l’importance du Principe de plaisir comme garant de la vie, et de la nécessité de maintenir au sein de la situation analytique une séparation pensable entre le lien et le transfert. Le lien appartient à ce qui circule entre deux humains en présence, qui leur échappe en partie et qui ne relève pas d’une interprétation, il représente le vivant sensible en tant que trou central dans le corps même de l’analyse ; quant au transfert, je l’avais réservé pour ce qui peut relever d’une interprétation, que celle-ci soit énoncée ou non. J’ai aussi longuement parlé de Balint et des trois zones psychiques, et plus particulièrement du « Défaut Fondamental » qui me paraissait important pour ce propos.
Cette année, je voudrais parler de la pensée. On pense tout le temps, à l’état de veille et à l’état de sommeil. Il convient de distinguer le processus, c’est-à-dire la pensée comme activité – consciente et ou inconsciente -, de la pensée comme produit, qui peut devenir un objet séparé. Il y a un perpétuel aller-retour entre le conscient et l’inconscient, entre processus et produit.

INTRODUCTION
On dit qu’on vient en analyse pour parler, et pour aller mieux, du fait de la talking-cure. C’est vrai, c’est l’activité essentielle : à la fois parler à quelqu’un et parler avec quelqu’un. Pour beaucoup de patients, cela est difficile et pour certains l’essentiel se joue , non pas au travers de ce qui se dit, mais de ce qui se profile en silence, en quelque sorte au dessous des mots. Mais on ne peut pas faire l’économie de se demander à quoi et comment le patient pense. D’ailleurs il arrive qu’après un long silence on demande : « à quoi pensez-vous ? ». Cela suppose que l’autre pense. On suppose a minima que l’autre pense. On n’a pas tort. Mais comment pense-t-il ? Penser n’est pas nécessairement être rationnel. D’ailleurs la règle fondamentale veut que l’on invite le patient à dire tout ce qui lui vient à l’esprit, même si cela a l’air absurde ou sans intérêt.
Voilà une spécificité de l’abord psychanalytique : seule l’analyse donne autant d’importance, sinon plus, à ce qui vient de façon non rationnelle, seule l’analyse admet comme pensées à prendre au sérieux celles qui semblent venir de nulle part, celles qui semblent « déliées » de tout contexte. Seule l’analyse a rendu acceptable l’idée, connue de tant d’artistes et de créateurs, que des pensées se pensent et ont lieu, sans que le sujet conscient en ait la maîtrise. On dit qu’il y a des pensées inconscientes – comme par exemple dans le rêve -, tout cela ne va pas de soi. Ces pensées inconscientes peuvent soit être déduites, exercice hasardeux, soit elles surgissent à l’état délié. Ce sont des pensées déliées. Ensuite, pour qu’elles acquièrent le statut de pensées reconnues comme telles, par les autres, il faut qu’elles soient reliées. Reliées à quoi ? Aux autres pensées, aux pensées des autres à la réalité partagée. A un moment ou un autre, on doit tenir compte de la réalité partagée car les pensées doivent avoir un cadre, c’est-à-dire un référent commun.
Aborder la pensée est un vaste programme. Une littérature importante existe.
Pour ce qui nous concerne, voilà comment je vois les choses, en partant du plus simple que l’on rencontre dans nos échanges quotidiens dans la clinique :

Il y a trois sortes de pensées : des pensées reliées, des pensée déliées et des pensée clivées. Les Pensées liées sont celles qui s’insèrent dans un réseau associatif ou logique, qui suivent une rationalité reconnue qui les encadre. Quand nous raisonnons, quand nous parlons dans la vie quotidienne ce sont des pensées reliées, non seulement entre elles, mais aussi avec celles de l’interlocuteur, actuel ou virtuel ; elles ont le même référent.
Les Pensées déliées sont celles qui semblent arriver toutes seules, pour lesquelles on ne dispose pas d’entour associatif ni discursif. On a l’habitude de les rencontrer en tant qu’« associations libres », le « Einfall » comme le disait Freud, et les anglais « Insight ». Comme pour les pensées reliées, leur contenu est variable. Elles peuvent aller d’une image signifiante, révélatrice, à une conceptualisation, voire une solution à un problème mathématique qui surgit le matin au réveil.
Les Pensées clivées sont des pensées qui se présentent comme appartenant au pur discours rationnel, ce qu’on appelle intellectuel (souvent à tort) clivées de toute représentation subjective et de tout affect. Activité cognitive qui serait pure de toute attache émotive. Le plus souvent on ignore que la vraie activité intellectuelle est toujours reliée à un affect d’une manière ou d’une autre. Quand il y a clivage, alors il y a une pathologie. Je le dis de manière un peu lapidaire mais on aura l’occasion d’y revenir. C’est difficile de faire une entrée en matière quand la matière est si complexe !
Finalement ce ne sont pas les pensées en tant que telles qui m’intéressent, mais leur naissance et leur rapport à la vie psychique.
L’année dernière j’avais dit que la traduction du terme freudien « Einfall » « par association libre » n’était pas bonne, car ces pensées qui viennent arrivent justement dissociées du contexte, elles surgissent sans crier gare, sans être apparemment reliées à ce qui et en train de se dire. J’avais proposé de les appeler « étincelle » ou « pensées-éclair » à cause de leur apparition brusque et déliée. Plutôt que de les appeler « associations libres », on devrait les nommer « dissociations libres ».

J’étais donc en train d’écrire ce séminaire quand je me suis tout d’un coup souvenue de la manière dont m’est venue l’idée de parler du « ça pense ». J’avais complètement oublié mon propre « Einfall ».
C’était cet été, je me suis réveillé un matin très tôt, vers 4 heures, avec en tête des pensées. Je crois que ce sont elles qui m’ont réveillée. J’ai vite pris quelque chose pour écrire et j’ai écrit d’une traite ce qui me venait déjà tout pensé, comme on dirait tout rôti. Je l’avais appelé « Survol ». J’ai écrit pendant environ une heure sans discontinuer, je dirais sans penser, ou plutôt sans le critiquer. C’était tout prêt. Et puis je l’ai mis de côté. Puis en rédigeant le séminaire d’aujourd’hui, alors que j’avais presque fini, subitement je me suis souvenue de mon survol. J’ai donc décidé de laisser pour la prochaine fois une partie de ce que j’avais préparé pour aujourd’hui, et de vous livrer ce qui s’était ainsi pensé en moi et qui m’avait littéralement réveillé. Ce n’est pas un rêve. Mais c’est sorti de mon activité mentale nocturne, bien qu’en rapport évidemment avec ce qui me préoccupait. Je m’excuse de sa forme un peu sèche. Ça s’est présenté comme ça : en 25 points. Je n’ai rien changé, j’ai juste un peu arrangé quelques phrases trop alambiquées, le reste est simplement recopié, la forme et l’ordre sont restés tels quels.

SURVOL
1) La pensée-éclair surgit subitement, sans crier gare avec une vitesse incroyable, Beaucoup d’artistes ou de scientifiques ont parlé de ce type de pensée, à laquelle il leur faut ensuite donner un fondement, lui donner corps en fonction du domaine concerné par un travail parfois très laborieux. Pour le savant, il s’agira d’en démontrer le bien-fondé, pour l’artiste de la mettre à l’épreuve de la réalisation de l’œuvre. Mais l’idée de départ, la première réalité mentale, se donne au sujet dans une sorte d’éclair. S’agissant de créateurs, cela s’appelle « inspiration ». La recherche d’une solution demande un travail préalable. Un mathématicien qui cherche une solution y aura pensé les jours précédents, puis il s’endort, ne se souvient pas forcément d’un rêve, mais au réveil il a subitement la solution du problème qu’il cherchait.
Dans la nuit son activité mentale a continué. Ça pense, même quand on dort.
L’analyse est le seul abord qui permet à l’homme ordinaire de connaître la pensée-éclair – expérience généralement réservée aux créateurs -, d’en expérimenter le bien fondé, de l’intégrer dans la pensée lente et discursive et de ce fait de s’approprier son contenu de manière durable.

2) On peut dire que la pensée va à la vitesse de l’influx nerveux. La seule résistance qui ralentit la vitesse de la lumière est la matière qui véhicule l’influx, c’est le substrat de la matière biologique humaine, qui est matérialisée par les connexions entre les neurones, matière vivante.

3) Pour communiquer l’homme recourt au langage, c’est le moyen de communication le plus spécifique à l’espèce humaine. S’il peut penser à la vitesse de l’influx nerveux, il ne peut faire connaître sa pensée qu’à l’aide du langage, donc à une vitesse bien moindre.

4) Le langage est très lent comme moyen de communication. Les abeilles ont un moyen de communication bien plus rapide par exemple. Le langage a acquis une autonomie par rapport à ses utilisateurs, il permet l’existence d’abstractions dont la durée de vie excède celle des individus, ce qui lui donne sa supériorité par rapport aux autres moyens de communication.

5) La lenteur du langage tient au fait qu’il doit se dérouler dans le temps des phrases. Il doit obéir à leur succession. L’homme parle, et la parole s’inscrit dans le monde du son, un son succède à un autre son, la voix emprunte la flèche du temps, qui ne peut être appréhendé dans l’instantané comme cela peut l’être dans le cas de l’image.

6) Dans le rêve, qui est d’abord pensée non discursive – où prévalent les images -, la pensée est rapide. Parfois on a affaire à la pensée-éclair.

7) Le rêve pour se transformer en récit emprunte le langage, il entre de ce fait dans le moyen de la communication lente.
Certains chercheurs font actuellement la différence entre deux types de mémoire : la mémoire analogique – qui serait une mémoire rapide, les images -, et une mémoire cognitive – qui serait une mémoire lente, discursive. Selon eux le rêve pourrait utiliser ces deux types de mémoire, mais essentiellement la mémoire analogique. Dans le récit du rêve, l’une et l’autre ne peuvent que s’unifier par la nécessité de la restitution de l’analogique en cognitif, c’est-à-dire discursif. Sauf certaines images de rêves qui restent inexplicables, probablement détentrices de condensations relevant de la pensée analogique, rapide. On dit : « je ne sais pas le décrire ». On devrait dire : je ne sais pas le « déplier ».

8) Il existe d’autres moyens de communiquer entre les humains, des moyens non verbaux, sont restés à l’état embryonnaire. Cela relève généralement de ce que l’on appelle l’intuition, l’empathie, la télépathie, la manière dont communiquent de manière incompréhensible pour le commun certains jumeaux par exemple, les télépathes. Cela suscite généralement la désapprobation des milieux scientifiques, car ils échappent non seulement à la rationalité, mais aussi à la compétence propre à la majorité des gens, donc cela fait peur.

9) La communication entre les individus est soumise aux intérêts de l’espèce, et les intérêts de l’espèce humaine privilégient la compétence du langage articulé comme forme de communication. Ceci est une hypothèse que je formule. En dehors des aspects autodestructeurs de certaines conduites humaines, telles que les guerres (mais nous ne savons pas si même les guerres n’obéissent pas à des règles de l’espèce), je pense que sans le savoir l’humain obéit très largement dans ses conduites aux intérêts de son espèce. Freud y attachait une grande importance, il parlait en termes d’autoconservation au niveau individuel, mais je crois qu’il conviendrait d’y ajouter la notion de l’intérêt de l’espèce qui régirait alors la transmission héréditaire et les modifications lentes des capacités d’adaptation de l’humain à son environnement.

10) La pensée n’est pas en soi d’essence discursive, elle est avant tout saisie de rapports entre les choses. L’impératif qui vient du collectif de communiquer la pensée par le langage fait croire que la pensée hors langage n’existe pas. Or on constate que des autistes peuvent penser, et notamment trouver des solutions logiques et mathématiques. (Je le reprendrai au cours d’un prochain séminaire.)
Par ailleurs beaucoup d’artistes et de chercheurs disent qu’ils ont des intuitions et des pensées (on peut dire ici des « sentirs ») sans mots. Ainsi, N. Whitehead (Le Concept de Nature et Procès et Réalité) disait :

« Je ne pense pas en mots. Je commence par des concepts, puis j’essaie de les mettre en mots, ce qui est souvent très difficile. »
(in Dialogues of Alfred North Whitehead, as recorded by Lucien Price, Boston, 1954, p.10 et p. 363)

11) Le langage verbal refoule et ralentit la pensée-éclair pour prélever des fragments qu’il sait traiter. D’évidence il y a là primat du collectif sur l’individuel, étant donné que seul le langage articulé est l’instrument collectif de l’espèce humaine.
Le langage est donc aussi une instance refoulante. Ce que nous savions par ailleurs.

12) Si chaque individu peut penser en étincelles, autrement dit par insights, la majeure partie de ses pensées-éclair retombent dans l’oubli s’il n’arrive pas à les mettre en forme lente et langagière – la mémoire lente et collective -, ou s’il n’arrive pas à leur donner une forme partageable : partition de musique, disque, tableau, graffiti, proposition conceptuelle. Ces formes peuvent rester incompréhensibles pendant des siècles, si elles sont trop novatrices pour l’époque, mais elles ont l’avantage de tendre vers la compréhension, et de représenter un « appât » pour la pensée.

13) Le rêve est une lucarne sur la pensée-étincelle. Compte tenu qu’il représente une activité mentale qui se déroule pendant que l’individu dort, il n’en est pas tenu pour responsable. Les différentes civilisations lui ont toujours donné un statut à part, tout en intégrant ses contenus dans les pratiques collectives, par des interprétations spécifiques à l’époque, que celle-ci produit et se montre donc capable d’intégrer.
Freud a permis à la pensée occidentale de continuer à faire un usage « utile » des pensées du rêve en leur donnant un statut scientifique et en en faisant un outil thérapeutique, donc a priori utile à l’espèce.

14) L’art est un moyen rapide de communication.
– La peinture et la sculpture : parce que leur appréhension est immédiate. L’analyse et la compréhension savante d’une œuvre ne relèvent pas de cette appréhension.
– L’art qui utilise le langage, comme la poétique, ne l’utilise pas pour communiquer selon les règles habituelles. Il est de ce fait plus rapide. Il a toujours recours à une condensation et une métaphorisation qui excèdent les choses dites. C’est à l’écart introduit entre la chose dite et la chose évoquée que se mesure la spécificité de l’expression artistique par rapport à la parole ordinaire.
– La musique, que j’aborde en dernier, est en fait l’art le plus basal, parce que le contact sonore est le premier lien de l’enfant, in utero, avec le monde. La musique, contrairement à la peinture, se déroule dans le temps, c’est un pur indicateur de l’écoulement temporel tout en restant absolument hors toute représentation et hors signification. Selon Didi-Hubermann, la peinture serait aussi dans le temps, mais un autre temps, présent-passé-futur, différent du temps-flux. La musique est le lien par excellence, et par excellence le lien humain qui libère des diktats langagiers, tout en se déroulant dans le même espace-temps.
Le fœtus dans le ventre de la mère commence très tôt à se dé-fusionner des rythmes de la mère. Pour Cyrulnik, le temps serait le premier objet distinct et propre à l’enfant, qui existerait dès le vie intra-utérine.

15) La psychanalyse utilise le rêve et l’insight comme moyens d’accès aux moments inconscients, dont on fait l’hypothèse qu’ils sont le moteur véritable des conduites humaines. Le propre de l’inconscient, ou encore des processus primaires, est d’appartenir à cet univers de la transmission rapide des informations. On peut dire que les processus primaires fonctionnent de manière analogique et non discursive ou cognitive. Leur syntaxe est littéralement pliée. Le langage, ou l’interprétation, consisterait dans un dépliement.

16) La différence entre psychanalyse et psychothérapie existe : elle ne consiste pas en une quelconque différence de posture, de demande ni de structure. La psychanalyse est l’usage des manifestations des processus primaires, la psychothérapie est tout le reste. A quoi s’ajoute l’intérêt que porte un patient à son propre fonctionnement psychique, à la manifestation pour lui de la pensée-éclair. Cet intérêt existe d’emblée chez certains, chez d’autres il incombe à l’aptitude et au désir de l’analyste de le provoquer. Cela prend ou ne prend pas. Du simple fait que personne ne peut se mouvoir dans la seule sphère des processus primaires, du rêve et des associations libres, du fait que la plupart du temps nous sommes dans les processus secondaires et dans la conscience, il est évident que prétendre faire de la psychanalyse pure relève de l’imposture.

17) Toute thérapie qui comporte cet intérêt spontané de l’analysant pour sa propre pensée-éclair est de fait une analyse didactique. Sa capacité d’en faire usage dans et par sa pensée discursive, et la prise en compte de l’interaction entre ces deux modes de pensées avec les deux mêmes modes de pensée également à l’œuvre chez l’analyste, peuvent ensuite devenir objet d’investigations plus théoriques.

18) La fascination de l’esprit humain pour la vitesse relève à mon avis de son savoir intime sur l’importance de la pensée-éclair et de l’énormité du refoulement qu’exige la communication par la seule voie autorisée qu’est la voie lente du langage verbal.
Les ordinateurs s’inscrivent dans ce mouvement. Cela ne veut pas dire que l’ordinateur soit structuré comme l’inconscient. Cela veut simplement dire que l’homme sent qu’en lui ça pense vite et par de multiples connexions, et que le sachant, le sentant inconsciemment, il est tenté de le reproduire. Je ne crois pas que l’homme est fasciné par la vitesse pour des raisons uniquement économiques.

19) L’inconscient n’a pas de contenus spécifiques autres que ceux que le langage autorise, et plus particulièrement ce que « la langue » de l’enfance d’un sujet particulier permet. Le langage ne laisse pas beaucoup de liberté, à l’exception de ses formes artistiques. Il permet de rendre pensable ce que les lois (profondes) qui structurent une société autorisent.
Mais les contenus de l’inconscient ne sont pas le tout de l’inconscient. Il faut distinguer, et c’est l’essentiel, les processus inconscients, qui sont une énergétique, une dynamique, des contenus de l’inconscient. C’est d’eux que nous avons besoin pour toute création et pour toute véritable modification en analyse.
Si Freud a tant insisté sur les contenus de l’inconscient, c’est qu’il devait asseoir ses mécanismes, et il ne pouvait pas le faire sans recourir aux contenus relevant des interdits, forcément sexuels pour lui.
C’est une très vaste question ! Toutes les bifurcations en analyse en découlent.
L’analyse lacanienne, structuraliste, a fait son temps à cause de cela précisément : elle ne tient pas compte de la dynamique, de l’aspect énergétique dans le processus de pensée.
D’où deux tendances : l’une structurale, axée sur les représentations, l’autre économique, axée sur l’énergétique. Il faut pouvoir relier les deux. Dans la mélopée lacanienne, le « Désir » est supposé être le représentant de cette énergie. Est-ce suffisant ?

20) La psychanalyse est une tentative de repousser les limites du pensable autorisé pour un individu à un moment donné par une société donnée. Il n’en demeure pas moins que le langage est d’abord une instance refoulante.
Le langage refoule donc pour deux raisons.
Premièrement par sa lenteur : c’est le refoulement originaire et universel quelle que soit la société. Tous les hommes communiquent par le langage, et ne peuvent penser leur existence dans le monde qu’au moyen du langage. C’est leur limite commune, mais il n’est pas sûr que l’espèce ne soit pas capable de développer avec le temps des moyens autres que le langage articulé pour communiquer.
Deuxièmement : le langage refoule à cause des représentations sociales en cours. Ce refoulement n’est pas universel dans ses contenus, il varie selon les sociétés.

21) Ce qui est universel est donc le fait qu’il y a un réel qui est le même pour tous les individus de l’espèce humaine. La vitesse de leur pensée est universelle et réelle. Est universelle également la nécessité de passer de la pensée-éclair à la pensée discursive. L’existence des deux processus, primaires et secondaires, est donc universelle, mais n’est pas universel le contenu des représentations qui sont au fondement des interdits qui structurent toute société. Seul l’interdit en tant que tel est universel (tout n’est pas possible, sinon il n’y a pas de société) mais le contenu des interdits est différent selon les sociétés. C’est pourquoi on fait des acrobaties pour dire que l’interdit de l’inceste est universel. Ce qui est universel c’est que les rapports sexuels comportent toujours des interdits. Dans aucune société tout le monde ne peut se reproduire avec tout le monde. Ce qui n’est pas la même chose que de triturer le malheureux Œdipe grec pour le rendre exportable n’importe où.

22) L’idée de Freud selon laquelle les contenus refoulés de l’inconscient seraient de nature essentiellement sexuelle est donc juste, puisqu’il n’y a pas de société sans interdits portant sur des pratiques sexuelles. En revanche ce qui peut être considéré comme abusif, c’est la place donnée au couple des géniteurs de la famille ancienne et européenne.

23) Il y a chez Freud et chez nombre de freudiens une confusion entre le refoulement impliqué par l’existence même du langage, et le refoulement portant sur des contenus sexuels. En dernière instance, je ne crois pas qu’il y ait de contenus universels de l’inconscient. Il n’y a que l’énergie et la vitesse d’un organisme en perpétuel devenir, pris par de multiples réseaux dans le monde. Or l’énergie et la vitesse, pour aboutir à la possibilité de l’expression verbale, se contentent d’un inconscient comme processus.
Cependant un processus ne peut avoir de sens que s’il y a une réalité « des entités » qu’il traite et modifie dans un devenir. Ce sont ces « entités » qui font problème.

24) Il n’y a pas de société humaine sans interdits, et les interdits qui structurent une société portent toujours sur la réglementation des liens concernant la reproduction – l’interdit du meurtre, l’interdit du cannibalisme (même là où il est pratiqué c’est dans un rituel et non juste pour s’alimenter). On voit combien prédomine toujours l’intérêt de l’espèce humaine sur celui de l’individu, sachant que l’individu ne peut pas survivre seul.
Peut-on alors faire l’hypothèse que les « disciplines » qui survivent à un engouement passager, ou à une nécessité locale et ponctuelle, sont celles qui servent l’espèce tout autant que l’individu ? L’analyse relève-t-elle d’une nécessité ponctuelle et locale, ou peut-elle prétendre à la longévité des disciplines servant l’espèce ?

25) Ne peut-on pas alors envisager la psychanalyse comme une tentative pour libérer l’individu de la pesanteur des exigences de sa société actuelle et de ses limitations parfois insensées et injustes, tout en n’enfreignant pas, voire en protégeant, les grandes lois de l’humanité ? Gymnastique qui ne peut rester efficace que si l’on ne confond pas les intérêts d’une microsociété avec ceux de l’espèce entière, ou encore si l’on ne rabat pas les lois juridiques actuelles d’une société sur les lois fondamentales de l’humanité, invariants de toutes les sociétés.
On peut se poser la question sur la pertinence de ce que nous faisons quand nous décrétons ce qui est sensé représenter les intérêts de l’espèce en général en nous fondant sur notre savoir local, notre intérêt local issu de notre société occidentale, notamment à partir de la Déclaration des Droits de l’Homme. Question éminemment épineuse propre à déclencher des guerres si on la prenait au sérieux.

Fin du Survol.

CLINIQUE
C’était un peu lourd, je vous le concède.
Je ne sais pas du tout si tout ce que je viens de vous lire tient la route ou non. Je vous le livre comme un exemple clinique, et comme tel je n’ai pas voulu argumenter point par point. Le mot clinique est à prendre ici dans son sens étymologique, puisque je l’ai écrit au lit, à peine sortie du sommeil. J’ai une grande confiance dans mon inconscient. Je sais que lorsque des idées sortent de cette manière-là, elles peuvent ne pas être d’une justesse quant à une argumentation objective, mais je sais qu’elles traitent d’un sujet qui est important pour moi, sujet qui contient une intime conviction et que je ne dois pas esquiver.

Voilà donc une production tout à fait « discursive » mais non reliée à un travail intellectuel conscient au moment même de son « arrivée ».
Outre son intérêt clinique, je crois qu’il n’est pas inutile de vous l’avoir livré tel quel, car c’est sans doute le fil rouge qui relie ce que je peux raconter au cours de ce séminaire.

Pour terminer sur une autre clinique que la mienne, ou plutôt sur la clinique d’un autre, et de manière un peu moins lourde, voici une interprétation surgie sous la forme d’un Insight, comme une étincelle venue éclairer un travail analytique en cours.

EXEMPLE
Un patient souffrant d’une importante phobie des transports, et plus particulièrement la phobie de l’avion, après avoir exploré toutes les voies possibles des métaphores sexuelles, après avoir cherché du côté de l’insuffisance du holding maternel, après avoir parlé des peurs enfantines, raconté moult souvenirs en relation avec des peurs, après de multiples associations plus ou moins spontanées, s’arrêta un jour au beau milieu d’une phrase qui n’avait aucun rapport avec la problématique de ses phobies, en s’écriant : « Je sais pourquoi je meurs de peur à l’idée de prendre l’avion ! C’est parce que j’ai peur de ne plus retrouver ma maison. » Il est resté coi après cette déclaration, totalement déconnectée de ce qu’il était en train de raconter.
Puis il s’est souvenu des bombardements. Il s’agit de bombardements récents (en ex-Yougoslavie) et non de la dernière guerre mondiale. « Je me souviens que j’avais peur de m’éloigner même de quelques mètres de ma maison pendant la guerre, j’avais l’impression que si je m’en éloignais je ne la retrouverai plus. »
Peu importe pour mon propos ici de savoir s’il s’agissait uniquement de la maison dans la réalité ou si celle-ci venait représenter d’autres pertes possibles, d’autres havres protecteurs, dont il craignait la perte. Je ne mésestime pas le fait que la profondeur de champ d’un scénario évoqué peut être importante pour l’efficace thérapeutique d’une telle évocation. La peur de ne plus retrouver la maison peut évoquer sans doute une peur plus ancienne de ne plus retrouver sa mère, ou tout autre contenant protecteur, mais ce que je veux souligner ici, c’est le mode de surgissement de l’idée : elle est venue comme en un éclair, sans qu’il recherche quoi que ce soit ce jour-là concernant ses phobies, et fut suivie de la certitude que c’était cela la « vraie raison ». Il n’a pas douté une seconde de la justesse de cette pensée. Ensuite il s’est sans cesse appuyé sur cette certitude pour construire une véritable tactique pour valider le bien fondé de sa trouvaille. Il est vrai que ses phobies ont commencé depuis ce jour-là à s’atténuer, jusqu’à disparaître sans crier gare. Il était sûr de la justesse de sa découverte.
Comment cela s’est-il traduit dans la réalité ? Dès le premier voyage en avion qui a suivi cette séance, il avait décidé de prendre un grand verre de whisky avant le départ pour diminuer son angoisse, alors que celle-ci n’était pas encore présente… Chose qu’il n’avait jamais envisagé de faire auparavant. Le whisky aidant, il n’avait pas été angoissé, ou très peu… Par ailleurs, tout au long du voyage, il avait pensé à sa maison, au fait qu’il retrouverait sa maison puisque la guerre était passée. De ce fait il a pu, pour ses voyages ultérieurs, s’appuyer sur cette expérience où l’angoisse avait été infiniment moindre, quasi inexistante, et ainsi de voyage en voyage, les angoisses sont devenues imperceptibles, jusqu’au jour où il oublia même de prendre son whisky fétiche.
Rien ne permet de dire que sa trouvaille concernant son histoire avait été la cause réelle de son symptôme. Elle l’était pour lui. La causalité dans cette histoire, comme du reste dans toutes les histoires d’analyse, ne peut recevoir une validation objective. Elle semble très importante pour certains patients. Et même quand cela est possible, si elle n’obtient pas l’intime conviction du sujet, cela s’avère inefficace sur le plan thérapeutique. Le fait de fournir la raison d’un symptôme ne le fait pas nécessairement disparaître. C’était le but des interprétations premières de Freud. Et il le reste pour beaucoup. Freud en ses débuts avait fermement cru qu’il suffisait que le patient devienne conscient des raisons de son symptôme pour que celui-ci disparaisse. Il y voyait le meilleur moyen de guérir ses patients, mais il a dû progressivement abandonner cette méthode. On peut se demander si cela n’avait pas été efficace tant que les patients découvraient par eux-mêmes, que c’est par des Insights qu’ils découvraient, par ailleurs encouragés par Freud, un mode de pensée nouveau. C’était nouveau et pour Freud et pour ses patients eux-mêmes, dans leur transfert. Puis cela n’a plus marché… Je suppose que Freud a voulu vérifier son hypothèse théorique et qu’il ne les laissait plus vivre l’expérience de la découverte. La question de l’Œdipe s’était éventée et elle est devenue obligatoire. Alors les guérisons imputables à l’explication du sens des symptôme n’ont plus été si évidentes. La cause n’était plus une découverte. Certes on redécouvre encore aujourd’hui ces désirs incestueux au détour d’un cheminement, et il y a toujours incrédulité lorsque cela arrive pour de bon, mais l’effet produit n’est plus d’une telle efficacité thérapeutique. Plus personne ne découvre aujourd’hui, à proprement parler, l’existence des désirs incestueux. Il arrive cependant que tout un chacun fasse, même aujourd’hui, un rêve suffisamment crû pour en être estomaqué, et que ça ait un effet sur les symptômes. La découverte se situe néanmoins à un autre niveau. La découverte du désir œdipien est efficace encore aujourd’hui, quand elle surgit par surprise, mais il est rare que cette découverte produise des remaniements aussi importants qu’au temps des débuts de Freud.
En revanche une « expérience » de l’ordre de ce que j’appelle la pensée-éclair, le fait d’avoir vécu ce moment fulgurant de l’arrivée brusque d’une idée, a toutes chances d’être plus efficace. Non pas d’éliminer le symptôme comme par un coup de baguette magique, mais elle donne au sujet le désir de prouver qu’il a raison et lui fait trouver les moyens qui marchent pour se débarrasser de ce symptôme, qui, du fait de la trouvaille, est désinvesti de son épaisseur de mystère et d’attraction. Ce qui ne veut pas dire – et cela ne peut pas se prouver – qu’il y ait une relation linéaire entre une cause et son effet. En revanche ce qui « marche » c’est l’investissement libidinal. Ce qui est investi est le désir de prouver le bien-fondé de sa pensée. Si j’avais suggéré à ce patient de s’aider, avant de prendre l’avion, en prenant un whisky ou même un tranquillisant – ce que font d’eux-mêmes bon nombre de phobiques -, il l’aurait peut-être fait mais cela serait resté un vulgaire recours à un truc, un pis aller, sans l’arrière-fond d’un sens qui porte vers l’abandon complet du symptôme. Sans la mise subjective.

Cette modeste histoire, très banale en elle-même, ne fait que rappeler brièvement l’importance de l’expérience véritable et l’impact que peut avoir pour un sujet sa propre pensée qui lui arrive comme un éclair de vérité. Bien qu’elle lui arrive comme d’un ailleurs – cet autre lieu comme Freud appelait l’inconscient -, elle est ce qu’il a de plus singulier et de plus propre à son organisation subjective. Il faut ajouter que l’investissement libidinal est renforcé par le transfert. Car après tout, ce patient a recours à une « explication » très analytique. Il se sert de mon cadre de pensée. C’est dû au transfert. Dans un autre contexte aurait-il « produit » la même pensée ?
Il y a donc d’une part l’existence de ce mode de fonctionnement : l’étincelle de l’esprit que l’on chérit et qui sera efficace ; et d’autre part le contenu de cette étincelle, son orientation idéologique, qui est en rapport avec l’Autre, car il y a toujours de l’Autre lorsque l’on pense.
N’oublions pas cependant qu’à d’autres occasions, il peut suffire d’une étincelle pour virer encore plus fou : si on la vit à un moment délirant, elle peut être pris pour la voix de dieu. Notre façon occidentale de croire en l’efficacité de la cause, n’est-ce pas, en dernière instance, la recherche jamais morte du doigt de dieu ?

Donc cela arrive. Et ce qui arrive, arrive à la vitesse de l’éclair. Mais on dit aussi, pour désigner les simples d’esprit dans la langue de Freud, qu’ils sont « einfältig »; ceux-là « croient » à tout ce qui leur arrive. D’où la nécessité de la preuve, et du raisonnement. L’évidence subjective ne suffit pas. Mais sans évidence, point de salut. Il y a donc la vitesse de l’arrivée de la pensée, sa fulgurance, son évidence pour le sujet qui emporte son adhésion croyante, et l’allumage du désir de prouver que cela est vrai ou que cela est réel : c’est selon, mais en l’occurrence, réel et vérité s’équivalent.
La pensée-éclair est un appât pour le désir.
C’est comme le coup de foudre. Autre étincelle qui frappe le sujet face à un autre. C’est ce qu’on appelle l’amour au premier regard.
Ce rapprochement entre la pensée-éclair et le coup de foudre n’est pas fortuit.
Il se trouve que l’on aime d’amour ses pensées-éclair, car il y va non pas de la capacité à exercer l’intellect, plaisir non négligeable, mais ici de l’actualisation d’un potentiel insoupçonné par le sujet lui-même, qui assiste au fait qu’en lui « ça pense ». La provenance de sa pensée reste mystérieuse même s’il sait que ça vient de lui. Car cette pensée arrive non étayée d’une démonstration logique, et cependant parée pour le sujet lui-même de la certitude que peut contenir la conclusion d’une démonstration irréfutable. Devenir ainsi spectateur et acteur d’un moment de création, fut-il des plus modestes, est une expérience qui en tant que telle provoque l’amour du créateur pour la chose créée dont il devient en quelque sorte responsable.
Si le terme de sujet a un sens différent de l’individu, c’est qu’au travers d’une expérience, le sujet d’avant et le sujet d’après ne sont plus le même. La différence est certes imperceptible, mais il en est ainsi. Le sujet d’avant l’expérience s’enrichit de sa création qui le modifie. Cela me rappelle Lacan disant que le sujet sortait modifié par son acte… L’homme qui a peur de prendre l’avion en faisant toutes sortes de suppositions, et l’homme qui a vécu l’arrivée de sa pensée, n’est pas le même. Pensée qui lui dit qu’il a peur de perdre sa maison, pensée qu’il intègre et pour laquelle il se met à la recherche des moyens pour lui donner consistance, c’est-à-dire prouver qu’elle est juste.
Fondamentalement cette petite expérience n’est pas différente de l’intuition créatrice d’un mathématicien, intuition qu’il mettra ensuite longtemps à prouver par un rude labeur de démonstration rigoureuse.
On trouve pour soi, on travaille pour l’Autre. Toutes les découvertes ne procèdent pas de la pensée-éclair, tout ne se découvre pas par des étincelles, mais il suffit qu’elles existent pour que la question de leur nature nous oblige à penser.
Deux questions se posent au moins.
Pourquoi y a-t-il intime conviction, et au-delà d’elle, amour pour la pensée ainsi arrivée, amour pour le produit venu de l’autre lieu ?
Le caractère abrupt, non annoncé d’une telle pensée, sa vitesse d’arrivée, contribuent-ils à son impact affectif sur le sujet qui en fait l’expérience ? La pensée qui lui arrive comme d’un autre lieu l’affecte. Elle suivrait en quelque sorte les voies de l’émotion, elle serait portée par l’énergie pulsionnelle. Et l’affectant, elle modifie son organisme entier. Tout ce qui arrive et qui, arrivant, affecte, affecte l’organisme entier. Une telle expérience n’est donc pas un pur jeu de l’esprit déconnecté du corps sensible. A supposer que cela existe. Cela existe seulement quand il y a clivage entre une activité intellectuelle et l’émotion. Or la pensée-éclair suscite non seulement la surprise mais une décharge émotionnelle et une prise directe sur la pulsion. Elle fait bouillir la marmite du Ça.
Je fais l’hypothèse qu’il y a une jouissance supplémentaire dans l’expérience de pensée qui ne peut plus cacher à elle-même son origine corporelle et donc érotique. Quand ça pense, mon corps jouit de sa présence à lui-même, et au travers de sa production il ouvre la voie à l’existence d’autrui, puisque la pensée, toute forme de pensée, implique l’existence d’autrui. On peut le dire ainsi :

« Quand ça pense je sens qu’il y a Moi et l’Autre ».

L’exemple clinique que j’ai évoqué traite d’une pensée concernant le sujet lui-même. Mais il arrive que de vraies spéculations, des pensées tout à fait abstraites arrivent de la même façon.
Ce qui est érotique, ce qui amène le sujet à entretenir un rapport amoureux avec sa production, est l’expérience organique du « ça pense ». Mais par ailleurs nous savons que penser fait mal, que ce n’est pas facile, et même que cela est douloureux. Il s’agit là d’une autre pensée. Ce n’est plus le « ça pense », mais l’exercice qui consiste à exposer, et donc à s’exposer devant autrui dans ce qu’on a ainsi produit de très intime, de l’offrir à un dépeçage possible, mais aussi de l’exposer à l’épreuve d’une objectivation par la pensée des autres. Et puis il y a une autre douleur : c’est la mise en conformité de la pensée-éclair avec les exigences du langage, c’est la soumission inévitable du rythme rapide de l’événement psychique immanent à la lenteur du discours. C’est la vraie castration, elle peut être douloureuse, elle est imposée par la linéarité du langage, et surtout par son ordre. Le langage est un ralentisseur de la pensée-éclair ; il est aussi un maître, souvent trop sévère quand on n’arrive pas à le séduire, quand on n’arrive pas à le faire danser un peu.
Le Verbe nous libère mais il est aussi notre terreur.

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